14 novembre 2020 à 08:23

Selon un rapport de la Deutsche Bank, le télétravail est un privilège qui doit être taxé par une augmentation d'impôts.

Pour compenser l'argent qu'ils ne dépensent pas pour les trajets domicile-travail et les pauses déjeuner, les employés qui choisissent de travailler à domicile devraient payer des taxes supplémentaires, selon les économistes de la Deutsche Bank.

Dans un nouveau rapport, les chercheurs affirment que les milliards de dollars de recettes fiscales qui pourraient en résulter pourraient être redistribués aux travailleurs à faible revenu qui ne peuvent pas effectuer leur travail à distance, comme les infirmières et les ouvriers d'usine.

Le rapport dévoile une série d'idées radicales destinées à reconstruire les entreprises et les sociétés après la pandémie de Covid-19, et se présente comme un ensemble de propositions controversées, destinées à inspirer le débat parmi les décideurs.

S'adapter à cette « nouvelle normalité »

Les chercheurs de la Deutsche Bank soutiennent que les nouveaux styles de travail nécessiteront de nouveaux systèmes fiscaux. Le travail à domicile fera partie de la « nouvelle normalité bien après la fin de la pandémie », peut-on lire dans le rapport. « Nous soutenons que les travailleurs à distance devraient payer un impôt pour ce privilège. »

Luke Templeman, chercheur à la Deutsche Bank et coauteur du rapport, écrit qu'une taxe sur le télétravail devrait exister depuis des années, étant donné que le télétravail a connu un boom au cours des deux dernières décennies, avec l'avènement des technologies liées à internet. Entre 2005 et 2018, le nombre d'Américains travaillant régulièrement à domicile a par exemple augmenté de 173 %.

Aujourd'hui, la crise sanitaire mondiale donne un coup de fouet à la tendance, et les nouvelles habitudes de travail sont là pour rester. Selon une enquête de la Deutsche Bank, une fois la pandémie passée, plus de la moitié des personnes qui travaillaient à domicile voudront conserver cette option deux ou trois jours par semaine. Dans un pays comme le Royaume-Uni, où environ 33 millions de travailleurs sont employés à temps plein ou à temps partiel, cela signifierait qu'environ un milliard de jours seraient travaillés depuis le domicile chaque année, même après la fin de la crise.

Une taxe à 5 % pour chaque jour passé à la maison

Luke Templeman propose une taxe de 5 % pour chaque jour de télétravail. Pour un salaire de 35 000 livres – le salaire moyen au Royaume-Uni – elle représenterait une cotisation de 6,73 livres par employé, chaque fois qu'il décide de se connecter depuis son canapé. Sur la base du même calcul, le salarié moyen aux Etats-Unis paierait 10,58 dollars par jour de travail à la maison, tandis qu'un travailleur allemand serait imposé à hauteur de 7,69 euros.

L'impôt serait payé par l'employeur, si la société ne fournit pas de bureau ; et des exonérations seraient offertes aux travailleurs indépendants et aux personnes à faible revenu. Mais tous les autres salariés qui choisiraient de travailler à domicile lorsqu'ils auraient la possibilité de venir au bureau devraient payer l'impôt sur leur propre salaire.

L'économiste soutient qu'il est juste que les travailleurs paient plus d'impôts, étant donné les avantages du travail à domicile. « Le télétravail offre des économies financières directes sur des dépenses comme le transport, le déjeuner, les vêtements et le nettoyage », écrit-il. « Ajoutez à cela les économies indirectes via le renoncement aux dépenses sociales et autres qui auraient été engagées si un travailleur avait été au bureau. »

Les travailleurs à domicile, selon le chercheur, privent l'économie de ces dépenses potentielles, menaçant l'infrastructure d'un système qui a été construit sur le travail en présentiel.

Soutenir les plus bas salaires

D'autre part, certains employés n'ont pas la possibilité de travailler à distance. Et, généralement, ce sont qui ont les plus faibles revenus. L'argent versé dans le cadre de la taxe télétravail devrait donc servir à augmenter les salaires des personnes les plus démunies. « D'un point de vue personnel et économique, il est logique que ces personnes reçoivent un coup de main », souligne Luke Templeman. « Il est également logique de reconnaître les travailleurs essentiels qui assument le risque Covidien pour de faibles salaires. Ceux qui ont la chance d'être en mesure de se "déconnecter" de l'économie en face-à-face le leur doivent. »

Les recherches de la Deutsche Bank montrent qu'une taxe télétravail au Royaume-Uni pourrait augmenter le salaire annuel des trois millions de travailleurs à faible revenu du pays de 2 307 livres sterling, tandis que les 29,2 millions de salariés à faible revenu des Etats-Unis pourraient voir leur salaire annuel augmenter de 1 666 dollars.

L'idée risque encore de se heurter à une certaine résistance. Phil Flaxton, le directeur général de l'organisation à but non lucratif Work Wise UK, qui plaide en faveur de méthodes de travail plus intelligentes, explique à ZDNet : « il est évident que le rapport est conçu pour stimuler le débat. C'est un excellent document de discussion et je comprends leur point de vue, mais je n'y serais certainement pas favorable ».

Un environnement de travail en pleine mutation

Echanger un sandwich surévalué au centre-ville contre une taxe qui pourrait aider les moins bien lotis peut sembler raisonnable en théorie, mais la réalité pratique peut être différente. Les employés qui travaillent à domicile participent toujours à l'économie, même si c'est d'une manière différente qu'auparavant, explique Phil Flaxton. « Les gens continuent de rencontrer des amis pour déjeuner ou de passer deux ou trois heures dans un café pour travailler », poursuit ce dernier. « Ils ne font que soutenir l'économie locale. »

De nombreuses incertitudes subsistent quant à l'avenir du travail. Le dernier rapport de la Deutsche Bank met certainement en avant une question qui ne fera que gagner en importance : celle de la réglementation du travail dans un environnement qui évolue rapidement.

Alors que les travailleurs adoptent de plus en plus le télétravail, de nouvelles questions vont se multiplier, allant de la question de savoir si les employeurs devraient être légalement obligés de fournir des chaises ergonomiques, à celle de savoir si les employés devraient pouvoir demander une indemnisation pour des loyers plus élevés. Certaines entreprises envisagent même d'adapter le salaire de leur personnel au coût de la vie dans les zones où leurs employés ont choisi de travailler.

Source : ZDNet

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